Google Chrome sur Windows 10 S ? Microsoft ne le permet pas

Technologie : Avec Windows 10 S, seules les applications du Windows Store peuvent être installées. Mais les règles définies par Microsoft interdisent à des navigateurs comme Chrome d’intégrer la boutique d’apps. La sécurité est-elle la seule raison de ce blocage ?

La version poste de travail de Google Chrome ne sera vraisemblablement pas portée sur Windows 10 S. Cette édition de Windows a été annoncée la semaine dernière par Microsoft. Elle ne permet aux utilisateurs d’installer que des applications hébergées sur le Windows Store.

 

Les apps du Store sont essentiellement des applications universelles. Cependant y figurent aussi des logiciels desktop. Ceux-ci ont dû au préalable être convertis en un package diffusé depuis le Windows Store.

Et ce travail de développement s’effectue au travers d’un outil Microsoft : Desktop Bridge (ex-projet Centennial). Slack et Evernote ont ainsi porté leurs applications sur le Windows Store. Et d’ici le lancement des premiers PC sous Windows 10 S, d’autres logiciels auront effectué les développements requis, dont Spotify, et surtout Office 2016.

Microsoft s’efforce en outre depuis des mois de convaincre éditeurs et développeurs de porter leurs outils desktop sur sa boutique applicative. Et en théorie, Google pourrait lui aussi recourir à Desktop Bridge pour mettre à disposition Chrome sur le Windows Store. Tout comme Mozilla pour Firefox, ou Opera, et de nombreux autres navigateurs.

Plusieurs développeurs indiquent à ZDNet avoir ainsi converti avec succès des navigateurs basés sur le code de Chromium par l’entremise de Desktop Bridge. Mais voilà, si Google ou Mozilla, ou n’importe quel autre petit développeur, soumet un de ces packages pour être distribués sur le Store, cette demande sera rejetée.

La restriction est expliquée dans la dernière révision des règles du Windows Store. Cette section provient de la version 7.3, révisée pour la dernière fois le 29 mars 2017 :

10.2 Sécurité
Votre application ne doit pas mettre en danger ni compromettre la sécurité de l’utilisateur, ni la sécurité ou la fonctionnalité du périphérique, du système ou des systèmes connexes.

10.2.1
Les applications qui naviguent sur le Web doivent utiliser les moteurs HTML et JavaScript appropriés fournis par la plate-forme Windows.

Un porte-parole de Microsoft confirme cette politique dans une déclaration faite aujourd’hui :

“Les applications Windows Store qui naviguent sur le Web doivent utiliser les moteurs HTML et JavaScript fournis par la plate-forme Windows. Tous les contenus de Windows Store sont certifiés par Microsoft pour garantir une expérience de qualité et préserver la sécurité de vos appareils. Avec cette politique, entrée en vigueur au début de cette année, le navigateur choisi par un client dans le magasin assurera les protections et les sauvegardes de notre plate-forme Windows. Si les gens souhaitent accéder aux applications d’autres magasins et services, ils peuvent passer à Windows 10 Pro à tout moment.”

La semaine dernière, un développeur a informé ZDNet avoir converti son navigateur basé sur Chromium en paquet Appx et soumis ce dernier à Microsoft en février. Il a été refusé. Pour motiver ce refus, Microsoft estimait que le navigateur posait un risque de sécurité particulier :

“Les navigateurs de bureau installés à partir du magasin ne sont pas plus sécurisés par défaut. Ils ne sont sécurisés que si, comme Edge, ce sont de vraies applications UWP, fonctionnant ainsi dans un environnement sandbox et n’ayant pas accès au système global. Les applications converties ont plutôt des composants virtualisés (comme la redirection du registre ou du système de fichiers) mais, à l’exception de cela, elles ont la capacité “runFullTrust”, donc [elles] peuvent sortir de la sandbox et effectuer des opérations qui peuvent être malveillantes.”

Cette restriction n’est bien entendu pas unique à Windows 10 S. D’autres systèmes d’exploitation modernes, dont iOS et ChromeOS, requièrent des navigateurs qu’ils utilisent leurs moteurs de rendu et interpréteurs JavaScript intégrés, plutôt que de permettre aux navigateurs tiers d’utiliser les leurs.

Ainsi, Chrome sur iOS est juste une enveloppe pour les composants de navigation Apple basés sur Webkit. Google a fait en sorte que l’interface utilisateur ressemble de près à celle de Chrome, avec la possibilité de synchroniser les favoris, l’historique, les mots de passe et d’autres données, mais ce n’est pas le même navigateur que sur d’autres plates-formes.

De même, vous ne pouvez pas installer un navigateur tiers sur un Chromebook, qui est restreint au navigateur Chrome.

Lorsque Windows 8 a été lancé en 2012, Microsoft a inclus la possibilité pour les développeurs tiers de créer de singuliers navigateurs hybrides qui pouvaient s’exécuter dans l’interface Metro et en mode bureau ordinaire. Google et Firefox avaient expérimenté cette fonctionnalité, mais celle-ci n’a jamais décollé, et Microsoft l’a fait disparaître avec Windows 10.

Rien n’interdit à Google de développer de zéro une version UWP de son navigateur, en reproduisant l’interface utilisateur de Chrome, tout en adoptant le moteur de rendu et JavaScript de Windows. Sauf que jusqu’à présent, Google s’est très peu investi dans ce domaine, disposant ainsi d’une unique application sur le Windows Store. Un Chrome UWP peut donc sembler assez improbable.

La sécurité est en effet un point important pouvant justifier de contrôler étroitement les composants de base d’un navigateur. Les défauts dans ces composants sont des vecteurs populaires pour les codes malveillants, et l’installation de plusieurs navigateurs augmente simplement la surface d’attaque.

Il y a également une justification business légitimant le fait de ne pas simplifier l’existence du moteur de navigation de son grand rival sur sa plate-forme afin de ne plus en perdre le contrôle.

Au début du Web, le fondateur de Netscape, Marc Andreesen, plaisantait en déclarant que son navigateur réduirait Windows à “un ensemble de pilotes de périphériques mal débogués”. En substance, c’est la stratégie de Google sur Windows depuis quelques années. Et avec succès puisque Chrome dispose d’une part dominante sur Windows. Plus de la moitié des utilisateurs de Windows naviguent avec Chrome, alors que moins d’un utilisateur sur quatre de Windows 10 choisit le navigateur par défaut, Microsoft Edge, pour sa navigation quotidienne.

La plupart des dirigeants de Microsoft lors des premières guerres des navigateurs dans les années 1990 ont disparu depuis longtemps, mais la mémoire institutionnelle demeure. Microsoft pourrait jouer sur le fait que le moyen le plus efficace d’affaiblir la domination de Google est de l’éjecter complètement de Windows. Pensez à Windows 10 S comme une façon de tester cette stratégie.

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Google Chrome sur Windows 10 S ? Microsoft ne le permet pas

Source : L’article << Google Chrome sur Windows 10 S ? Microsoft ne le permet pas >> est extrait de ZDNet

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Par | 2017-05-11T06:26:27+00:00 mai 11th, 2017|Actualité|0 commentaire

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