Hervé Constant (DSI GRTgaz) : "Il faut faire prendre conscience aux métiers que la donnée fait partie de leurs actifs"

Technologie : GRTgaz, gestionnaire du réseau de transport de gaz, dispose de sa propre DSI depuis 2011 et d’un système d’information en propre depuis 2015. En parallèle son DSI a mis en place une gouvernance de la donnée ambitieuse afin de faire tomber les silos et accélérer le “Time to Market”.

GRTgaz est l’un des leaders européens du transport de gaz naturel et un expert mondial des réseaux et systèmes de transport gazier. En France, GRTgaz possède et exploite 32 450 km de canalisations enterrées et 28 stations de compression pour acheminer le gaz entre fournisseurs et consommateurs, distributeurs ou industriels directement raccordés au réseau de transport).

GRTgaz dispose de son propre SI depuis 2011 afin de répondre aux exigences réglementaires fixé par un règlement européen, le 3ème paquet énergie, qui a imposé une “désimbrication” des systèmes d’information de GRTgaz et d’ENGIE. Ce projet a été mené par Hervé Constant, DSI de GRTgaz depuis cette date. GRTgaz assure le pilotage de son SI qui se structure sur un volet de gestion et conduite des infrastructures industrielles, un volet consacré à délivrer les informations de consommation de gaz en quasi temps réel pour vendre et facturer les services et enfin un SI plus classique, celui qui permet de gérer une entreprise de près de 3 000 salariés.

Le système de management de GRTgaz s’appuie sur des Métiers, groupes de collaborateurs et de compétences, transverses aux organisations et partageant des objectifs qui contribuent au projet de GRTgaz.

ZDNet : Quelle a été la place de la donnée dans la reconstruction du SI de GRTgaz ?

Hervé Constant, DSI de GRTgaz : Notre grand combat est de changer la culture de la donnée telle qu’elle existait dans l’entreprise et de la gérer non plus « en silo », mais réellement à un niveau entreprise, nous doter d’une gouvernance de la donnée. Il y a un peu plus d’un an, nous avons mis en place un comité de la gouvernance de la donnée où toutes les directions métier sont représentées par leurs dirigeants eux-mêmes. L’objectif est bien de faire prendre conscience aux Métiers qu’ils sont propriétaires de leurs données et qu’ils gèrent un dictionnaire partagé de données de référence.

Il y a encore deux ans de cela, ces données étaient encore peu gouvernées. Aujourd’hui, nous essayons de les gérer de manière bien plus efficace afin d’éviter que chaque silo ne crée son propre référentiel. Nous travaillons pour connecter nos référentiels entres eux afin d’éviter toute ressaisie et éviter tous les problèmes de fiabilité et de disponibilité des données habituellement liés aux silos.”

Comment faire pour que les métiers adhèrent à une approche de gouvernance de la donnée ?

Il faut appuyer les Métiers dans leur prise de conscience que la donnée fait partie de leurs actifs, qu’elle est extrêmement importante pour eux et qu’ils doivent la gérer en conséquence. Dans ce but, des postes spécifiques, notamment celui de gestionnaire de données, ont été créés au sein des Métiers, Ce sont entre 30 et 40 emplois qui ont ainsi été créés pour gérer ces données stratégiques. Ces postes sont situés essentiellement chez les exploitants, pas encore à la DRH ou la direction financière, même si un jour cela pourrait avoir aussi du sens.

 

Les gestionnaires de données sont dans les Métiers tandis que la DSI joue un rôle de chef d’orchestre avec une personne en charge des processus de gouvernance de la donnée, du secrétariat de ce comité, chargée d’amener de la méthodologie, notamment dans la structuration des données de référence. Par ailleurs, il faut sensibiliser et accompagner les Métiers sur les usages à forte valeur ajoutée qui draineront le besoin de qualité des données et donc de leur gouvernance. Dans cette perspective, nous avons eu l’occasion de travailler sur l’ouverture à l’externe de nos données, avec le transporteur d’électricité RTE (opendata.reseaux-energies.fr) et en propre (opendata.grtgaz.com), ainsi que de les valoriser par le biais de notre « app » GRTgaz+ »

Quels sont les différents rôles confiés aux Métiers ?

Les Métiers assument les rôles de propriétaire et de gestionnaire de la donnée. Le propriétaire décide comment on va décrire une donnée, quels seront les processus d’utilisation de cette donnée, qui y aura accès, qui gère les droits d’accès, le niveau de qualité et de confidentialité. Le gestionnaire doit s’assurer de la qualité de la donnée, de sa mise à jour, éventuellement de l’utilisation de données issues de d’autres référentiels ou d’autres sources. C’est une approche que nous avons mise en place il y a 3 ans et nous commençons à en tirer les premiers bénéfices aujourd’hui.

En parallèle à cette approche par la gouvernance et parce que nous croyons beaucoup aux apports de la donnée dans nos métiers, notamment les plus techniques, nous avons créé un DataLab. C’est un dispositif proposé aux Métiers qui vise à tirer de la valeur des données internes en les croisant avec des données externes, aussi bien dans le domaine de la maintenance prédictive que celui de la planification de nos travaux, ou encore pour mieux comprendre le comportement de nos clients expéditeurs. Nous avançons sur ces deux aspects de la donnée simultanément car s’il faut être rigoureux dans la gestion de la donnée, il faut aussi être capable de valoriser cette action et pouvoir montrer les apports concrets que la donnée apporte à l’activité de GRTgaz.”

Le “Big Data” et ce DataLab sont pour vous le moyen de désiloter la donnée ?

Le DataLab n’est que l’un des moyens pour valoriser l’approche par la gouvernance. Ce qu’il faut avant tout, c’est un changement culturel fort dans toute l’entreprise, en particulier dans une entreprise industrielle telle que la nôtre. La donnée est un actif tout aussi important que les actifs industriels que nous avons l’habitude de gérer. En ce sens, le DataLab représente une aide dans une pédagogie plus large qu’il faut mener sur les processus. Le DataLab permettra de démontrer la valeur ajoutée de la démarche et va nous permettre d’améliorer notre Time to Market. Le problème d’un projet de gouvernance de la donnée, c’est qu’il agit sur le long terme. Les Métiers ne voient pas immédiatement l’intérêt de la démarche, le DataLab vient la revitaliser.

Enfin, nous avons aidé à la création d’un réseau des personnes intéressées par la donnée, initié à l’occasion d’un premier séminaire baptisé l’Age de la donnée. Des personnes aussi diverses que le directeur général lui-même, les gestionnaires des données, des membres de la DSI, des responsables métier sont venus partager l’intérêt qu’ils portent à la donnée : nous leur avons fait rencontrer d’autres industriels ou encore des motoristes de Formule 1, qui ont partagé l’enjeu d’une bonne gestion de la donnée.”

Comment contrer le phénomène du Shadow IT et les Métiers tentés d’aller trouver eux-mêmes des solutions hors du cadre de la DSI ?

Il faut avant tout accompagner les Métiers et leur apporter les solutions dont ils ont besoin. Quand je suis arrivé à la DSI, notre SIG était en fin de phase de construction et nos exploitants avaient déjà porté leur cartographie sur Google Map sans en informer la DSI. Nous avons regardé quels étaient leurs usages de Google Map pour nous assurer que notre SIG qui était en cours de finalisation pourrait répondre à ces usages. Comme notre SIG fut une belle réussite, celui-ci a mis fin à ce “Shadow IT”.

La seule façon de se battre contre le Shadow IT, c’est de l’accompagner avec empathie vis-à-vis des utilisateurs, en comprenant les usages et en travaillant sur l’offre de la DSI afin qu’elle réponde pleinement à ces usages. Nous avons des contraintes réglementaires fortes en termes de sécurité et si un service nous paraît insuffisamment sécurisé, on peut en interdire l’usage. Cela dit, cela ne nous a pas empêché d’utiliser le Cloud public pour notre messagerie Office 365 par exemple. Notre RSSI et nos juristes ont validé la solution et finalement assez peu de données sont interdites au stockage dans le Cloud public.

 

Une personne qui a une donnée entre les mains doit être suffisamment sensibilisée sur la question pour qu’elle ait pleinement conscience du niveau de confidentialité du document en question et de l’importance que cela présente. En cas de doute, nous sommes là pour les aider dans le choix de la solution qu’elles vont utiliser pour partager cette donnée. Nous avons mis en place une vaste offre de moyens d’échange et nous avons une réponse à leur apporter dans la plupart des cas d’usage.”

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Hervé Constant (DSI GRTgaz) : "Il faut faire prendre conscience aux métiers que la donnée fait partie de leurs actifs"

Source : L’article << Hervé Constant (DSI GRTgaz) : "Il faut faire prendre conscience aux métiers que la donnée fait partie de leurs actifs" >> est extrait de ZDNet

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Par | 2017-04-23T06:25:19+00:00 avril 23rd, 2017|Actualité|0 commentaire

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