Kaspersky: Toujours garder un œil sur la chaîne de blocs malgré l’essoufflement médiatique

Il y a environ un an, un certain nombre d’individus, des amateurs vraiment passionnés et des fraudeurs commencèrent à prêcher frénétiquement la venue de la chaîne de blocs toute puissante qui allait changer le monde à jamais, selon le Culte de la chaîne de blocs. Ils avaient prédit que cette technologie permettrait une transparence ultime des transactions grâce au registre distribué (distributed ledger). Les systèmes de paiement traditionnels seraient abandonnés. Les banques centrales seraient transformées partout dans le monde.

Kaspersky: Toujours garder un œil sur la chaîne de blocs malgré l’essoufflement médiatique - 2017 - 2018

Laissons de côté les transactions une seconde, la chaîne de blocs a été créée pour remplacer de nombreuses pratiques obsolètes. Par exemple, des fanatiques ont déclaré que grâce à la chaîne de blocs, nous n’aurons plus besoin de certifier des documents, et que les données GPS seront directement envoyées à la chaîne de blocs, éliminant ainsi les problèmes de livraison. Afin donc de régler les imperfections du monde, on a tout simplement besoin de faire appel à la chaîne de blocs.

Malheureusement, ni les enthousiastes, ni les fraudeurs n’ont réussi à expliquer comment la magie allait se produire. Pire encore, personne n’a pris la peine de parler des inconvénients de la chaîne de blocs, à l’exception du problème de ses exigences élevées en matière de performances qui rendent la technologie inviable pour des transactions massives (comme des dizaines de milliers de transactions par seconde).

A la fin de l’année 2016, ces prévisions animées ont pris fin. Les fraudeurs se sont dispersés tandis que les enthousiastes ont gardé leur sérieux. Il est temps à présent de nous pencher sur cette technologie et de découvrir ce qu’est la chaîne de blocs et pourquoi elle peut en effet introduire des changements fondamentaux.

Qu’est-ce que la chaîne de blocs ?

Au sens littéral, la chaîne de blocs est une chaîne de transactions. Chaque bloc comporte des informations sur le bloc précédent. On ne peut pas changer les informations sans attirer l’attention. Une fois que les données de la transaction sont confirmées par les mineurs (ils agissent comme une sorte de contrôleurs modérément payés ou détenteurs du procédé), la chaîne devient littéralement invulnérable. Ses contenus sont ouverts et ne sont pas chiffrés, mais protégés par une fonction de hachage. La base de données contient des informations disponibles publiquement et non chiffrées concernant toutes les transactions qui sont signées par une cryptographie asymétrique.

Je ne pense pas que ça ait du sens d’aborder le sujet plus en profondeur, sachant que vous pouvez retrouver un article s’y référant. Mais en résumé, en utilisant la chaîne de blocs nous sommes capables (théoriquement) d’obtenir une base de données fidèle, fiable et infalsifiable. Il est impossible de reproduire la transaction en montrant une confirmation de faux paiement. Vous ne pouvez pas dire que vous avez payé à temps, sachant que la transaction met du temps à s’exécuter. Ils disent que vous pouvez négocier avec une banque, mais pas avec une chaîne de blocs. Toutes vos actions sont gravées dans la pierre, sans implication requise du gouvernement.

Donc quel est le problème ? Il y a beaucoup de mineurs qui sont disposés à hacher des blocs. Tout le monde a besoin de transparence et de fiabilité. Et personne n’aime vraiment les régulateurs et autres monopolistes. Pourquoi donc la chaîne de blocs ne se trouve pas partout ?

Pas si vite

Les experts en chaînes de blocs indiquent qu’un registre distribué (distributed ledger) raccourcit la durée d’une transaction, au lieu de durer des jours, elle ne dure que quelques minutes. Et c’est vrai. Mais il y a un hic : Ils parlent de transactions complexes impliquant des chiffres plus élevés d’objets et de sujets. Par exemple, si on fait appel à une transaction sécurisée de la chaîne de blocs pour acheter une île par le biais d’un chantier de construction, la vérification et toutes les vérifications des antécédents prendraient beaucoup moins de temps qu’avec des méthodes traditionnelles.

Tandis que des dizaines de personnes auraient besoin d’extraire des piles de documents et de papiers pour essayer d’affirmer le statut de la propriété, des constructions, des charges et en même temps vérifier l’authenticité des documents, la chaîne de blocs exécuterait cette tâche en un instant. L’objet de l’achat est vérifié, l’argent est payé, et le prochain bloc hériterait du nom du nouveau propriétaire. (Toutefois, nous mettons de côté le travail d’obtention des informations sur l’île dans la chaîne de bloc : si on souhaite sérieusement utiliser la chaîne de blocs pour de vraies transactions immobilières, on doit rassembler tout l’historique des propriétés sur autant de propriétés possibles, et le placer dans une base de données de la chaîne de blocs, faute de quoi il sera peu probable que cela fonctionne).

Mais en ce qui concerne de simples transactions (un virement entre personnes), la vitesse de transaction n’augmente pas, bien au contraire, elle diminue nettement. La chaîne de blocs provient des bitcoins, ce qui présuppose qu’un bloc met 10 minutes à se créer, en dépit de la puissance de traitement de l’équipement. De plus, le système exécute des corrections, après 2016 blocs, cela prend plus de temps. Traditionnellement, des systèmes centralisés tels qu’une transaction ne prennent qu’une fraction de seconde.

Un autre point douloureux est le volume important (et en constante augmentation) des données associées à chaque transaction. Lorsque des mégaoctets de données sont transférés à chaque fois qu’une transaction de quelques dollars est exécutée, n’importe quel système informatique peut planter.

Finalement, omniprésente, la transparence absolue n’est tout simplement pas requise. La chaîne de blocs est un outil spécialisé de haute précision pour un vaste éventail limité de cas d’utilisation, pas un remède universel pour les régulateurs et des systèmes de paiement existants.

Rien de nouveau donc ?

Les bases de données datent de la fin des années 80. Une fois que les ordinateurs plus puissants ont été réunis en réseaux locaux puis globaux, il est apparu un besoin immédiat de permettre un bloc précis de données d’être transféré sans impliquer le nœud central. Cette approche était particulièrement intéressante pour les responsables de la défense qui voulaient envoyer un colis de A à B, en étant 100% sûrs de l’intégrité et de la réussite de la livraison, en dépit de n’importe quel ennui gênant, comme par exemple une explosion nucléaire.

La chaîne de blocs n’est qu’une des variétés améliorées et approfondies de la base de données distribuée qui peut être utilisée pour des transactions financières de manière sûre et confidentielle. Certains croient que le Bitcoin a aussi été créé par des militaires qui cherchaient des moyens de parrainer de nouveaux rebelles au Moyen-Orient sans que personne ne le découvre. C’est une des raisons pour lesquelles les régulateurs sont un peu instables. C’est très intéressant lorsqu’une nouvelle technologie émerge, mais il serait assez troublant de découvrir, après des années d’utilisation qu’elle n’avait pas de propriétaire, que le chiffre indistinct qui l’a créée avait installé une porte dérobée.

Un régulateur dont nous avons besoin / pas besoin

Dans le modèle idéal du « monde de la chaîne de blocs », le gouvernement n’intervient pas ou peu. Les particuliers et les entreprises doivent se mettre d’accord entre eux sur le fait que la chaîne de blocs est fiable et devrait être utilisée lors de transactions. C’est pourquoi ils l’utilisent.

Mais la vie réelle a d’autres règles. Quelqu’un de grand et de puissant doit tirer les ficelles. Par exemple, si une personne promet de payer en bitcoins quelqu’un d’autre pour des biens achetés, et revient sur sa décision par la suite, alors la partie lésée intenterait une action en justice pour une indemnisation et des dédommagements. De nos jours, de telles transactions existent dans le domaine juridique. Pour que les transactions de la chaîne de blocs fonctionnent dans le monde réel, il doit y avoir un système de traitement des incidents – ou troubles – ce qui signifie que les tribunaux peuvent adopter des lois pour faire appliquer les règles.

Voici un autre scénario. Une banque expérimentée décide d’exécuter une transaction de chaîne de blocs. Imaginez la réaction d’une banque centrale. Si la transaction était assez importante, il est tout à fait probable que la banque perde son droit d’exercer le jour même. Cela signifie que pour qu’une telle transaction soit légitime, le gouvernement doit adopter certaines lois.

Bien sûr, la chaîne de blocs pourrait épargner aux banques centrales de gérer le contrôle et la validation des transactions. Mais la réglementation et la mise en vigueur sont toujours nécessaires ; l’adoption de la chaîne de blocs ne fera pas du monde un endroit parfait.

Pourquoi le silence ?

Dernièrement, l’engouement médiatique autour de la chaîne de blocs s’est calmé. Certaines banques ont même décidé de quitter le regroupement R3 (entreprise spécialisée dans la technologie de la chaîne de blocs) après l’avoir intégré en grande pompe à l’automne 2016. Est-ce que cela veut dire que l’engouement médiatique est fini ? Est-ce que la chaîne de blocs, tout comme les Pokémon, est morte aux yeux des médias ?

En réalité, c’est tout le contraire. Ceux qui se sont calmés ont été les partisans les plus forts de la technologie, les vrais croyants et les fraudeurs. Entre temps, certaines grandes entreprises telles qu’IBM ont développé des dizaines de prototypes et travaillent actuellement sur des versions bêta. Ces solutions sont destinées aux applications que nous avons décrites précédemment (Fret, certification des transactions, biens fonciers, correspondance commerciale, échange de documents, etc). Dans ce cas, il est assez clair de définir pour quels problèmes ces solutions ont été conçues et si elles ont un potentiel de rentabilité. Elles n’ont pas besoin de se vanter : le travail est en cours, et cela semble être tout simplement le calme avant la tempête.

A quoi peut-on s’attendre ?

La banque du Canada et ses partenaires ont créé le projet Jasper afin de tester la chaîne de blocs. Bien sûr, pas beaucoup de détails sont disponibles, mais certaines conclusions curieuses sont connues. On a découvert que le système ne fonctionne pas sans une banque centrale, du fait que les standards doivent être appliqués à tout dans leur sphère, même la chaîne de blocs. Ce qui soulève une question épineuse : combien de vérificateurs (mineurs) devraient y être, et qui peut se charger de l’accès aux blocs ?

En plus des essais, plusieurs tentatives ont été effectuées pour démontrer le support de la chaîne de blocs comme un signe d’ « innovation » d’un produit. Cependant, personne n’a encore réussi à transformer un chien en sirène en attachant une queue de poisson à son corps.

La chaîne de blocs est une autre technologie clé souffrant énormément des relations publiques. Nous avons vu cela se produire avec un certain nombre de technologies : Cloud, P2P, big data, pour n’en citer que quelques-unes. D’abord viennent les fanatiques surexcités criant de joie. Les sceptiques suivent avec des sourires sarcastiques. Et puis soudain une technologie devient omniprésente, bien que généralement pas de la façon dont elle a été initialement annoncée.

La chaîne de blocs est sur le point de se frayer un chemin dans de nombreuses entreprises sous la forme d’une soi-disant chaîne de blocs privée. Il faudra un certain temps avant que les blocs privés ne commencent à interagir les uns avec les autres.

Néanmoins, les notaires devraient commencer à s’inquiéter. Un peu.

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Par | 2017-09-18T18:29:46+00:00 mars 22nd, 2017|Kaspersky|0 commentaire

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