La surveillance de masse fonctionne-t-elle ? Rien ou presque ne le prouve

Sécurité : Céder une partie de ses droits et libertés en acceptant la surveillance de masse est-il un compromis acceptable ? Ce n’est même pas sûr selon le rapporteur spécial de l’ONU, pour qui les lois sont avant tout “fondées sur la psychologie de la peur”.

La surveillance de masse fonctionne-t-elle ? Rien ou presque ne le prouve - 2017 - 2018 

“La sécurité est la première des libertés” déclarait à l’Assemblée en 2015 le Premier ministre français de l’époque, Manuel Valls. Une déclaration visant à justifier la seconde partie de son propos : “C’est pourquoi d’autres libertés pourront être limitées.”

Pour le chef du gouvernement, il s’agissait ainsi de défendre l’adoption de la controversée Loi renseignement et de ses mesures sur la surveillance de masse. Mais échanger des libertés contre plus de sécurité (ou simplement un sentiment de sécurité) est-il un troc équitable ?

La peur du terrorisme comme levier de soutien

En clair, la surveillance de masse est-elle efficace ? Pas sûr. Et c’est le rapporteur spécial en charge de la vie privée pour l’ONU qui l’explique dans un rapport. Ce dernier s’est intéressé aux nouvelles lois adoptées en Europe et aux US dans ce domaine.

Sa conclusion : il n’y a “peu ou pas de preuves” que le suivi de masse des communications fonctionne. Dans ce rapport, le professeur Joseph Cannataci, premier observateur de la vie privée à occuper le poste, déclare qu’il n’était ni convaincu de l’efficacité ni de la proportionnalité “de certaines des mesures extrêmement intrusives qui ont été introduites par les nouvelles lois de surveillance.”

Les enregistrements collectés en masse, comme les appels et les métadonnées de courrier électronique, risquent notamment d’être “piratés par des gouvernements hostiles ou par le crime organisé”. Parmi les législations prises en compte, figurent celles votées en France, en Allemagne, aux US et au Royaume-Uni pour faire face à la menace de Daesh.

Joseph Cannataci qualifie ces politiques de symboliques ou d’effets de manches, en clair visant à permettre aux décideurs de démontrer qu’ils agissent sur le front de la sécurité. Mais la conséquence, c’est de légiférer sur “des pouvoirs intrusifs sur la vie privée ou de légaliser des pratiques existantes, sans démontrer en aucune façon que ce soit un moyen proportionné ou effectivement efficace de lutter contre le terrorisme.”

Quant au soutien du public à l’accroissement des pouvoirs de surveillance, il est “fondé sur la psychologie de la peur” juge-t-il, se référant à la menace perçue du terrorisme. Le rapport est l’une des analyses les plus critiques de ces dernières années à l’égard de l’appareil de surveillance mondiale, en partie révélé par les documents divulgués par Edward Snowden.

Ces documents mettaient en lumière la surveillance nationale et internationale des appels, des messages et des capacités de piratage de l’Agence de sécurité nationale des États-Unis et d’autres membres de l’alliance des nations dites du Five-Eyes.

Une surveillance “équitable” grâce à des mesures sur la confidentialité

Depuis les révélations, États-Unis ont notamment voté le Freedom Act, une loi conçue pour limiter la collecte en masse des enregistrements téléphoniques et électroniques. D’autres pays ont cependant opté pour une direction opposée.

La France et l’Allemagne ont accru les pouvoirs de surveillance après des attaques terroristes, permettant à la police et aux services de renseignement de surveiller les activités sur Internet et les enregistrements d’appels.

Et le Royaume-Uni, fin 2016, a œuvré pour l’adoption de “la loi de surveillance la plus extrême jamais passée dans une démocratie” selon Jim Killock, directeur de l’Open Rights Group.

Dans une recommandation finale, Cannataci déclare que les gouvernements devraient “explorer activement” une façon de mener une surveillance équitable et réglementée tout en l’équilibrant grâce à l’introduction de mesures de protection de la vie privée.

“Ce serait non seulement d’une grande valeur intrinsèque pour les citoyens du monde entier, mais cela enverrait également un signal clair aux États, aux démocraties, aux pseudo-démocraties et autres qui croient à tort que la meilleure façon de traiter le cyberespace est de revendiquer la souveraineté sur des blocs de l’Internet” commente le rapporteur.

“Les droits de l’homme sont universels et la cyber-loi devrait exister non seulement pour protéger la vie privée, mais aussi pour protéger les droits fondamentaux de l’homme” conclut-il.

La surveillance de masse fonctionne-t-elle ? Rien ou presque ne le prouve

Source : L’article La surveillance de masse fonctionne-t-elle ? Rien ou presque ne le prouve >> est extrait de ZDNet

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2017-09-18T18:29:47+00:00

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